Edito 5 – Octobre 2017

MESSIEURS LES REPRESENTANTS DU PEUPLE,

MESSIEURS LES REPRESENTANTS DE L’ETAT,

Il est 19 h 45 ce samedi 2 septembre 2017, le JT de FR3 se conclut par un reportage sur la pêche du saumon sur le gave d’Oloron à Masseys, agrémenté d’images d’archives et bien entendu, rien sur le pillage organisé dans l’estuaire par les filets professionnels ! On pleure et on déprime de voir ce qui fut et ce qui n’est plus, la splendeur du gave disparue et la misère d’aujourd’hui.

On ne vous apprend rien. Vous savez tout cela et plus encore. Les gaves, les nives, l’Adour et ses affluents se meurent. Le plus beau réseau hydrologique d’Europe est gravement pollué et ses ressources piscicoles sont pillées. Les vallées du piémont pyrénéen redeviennent des « terras incognitas », désertées par leurs habitants, sans travail pour les jeunes, sans perspectives. L’habitat y est bradé et n’intéresse plus personne, d’autant que les services de proximité disparaissent.

Les prédateurs de tout poil, se précipitent dans ces terres indigènes. On détruit les plus belles terres agricoles, on défonce le réseau routier par une noria de camions hors de proportion, asphyxiant et entravant le développement des communes limitrophes qui supportent cette nuisance. Les produits phytosanitaires autorisés ou pas (lindane, atrazine ; Roundup et autres) sont déversés dans de telles quantités que les eaux de surface et les nappes phréatiques sont empoisonnées. Nous pouvons voir chaque année, des saisonniers agricoles, pour la plupart dans le plus grand dénuement, campant dans des abris de fortune, se baigner et se laver en famille, enfants compris, dans cette soupe chimique délétère.

Les contrevenants qui pêchent illégalement depuis des décennies dans le port de Bayonne et dans l’océan, dans l’Adour et les Gaves réunis, pillent et trafiquent les poissons migrateurs : pibales, saumons, aloses, lamproies. Ils le font en toute impunité et sans aucun contrôle. Curieusement les routes de leurs exactions, côtoient et tutoient celles de la cocaïne et du cannabis.

A contrario, des centaines de gendarmes se déplacent pour mettre au pas des paysans éduqués et savants, éleveurs de canards de souche locale, producteurs de maïs roux pour la ménagère et les chefs étoilés, hommes intègres, non-violents, respectueux de l’environnement et protecteurs de ce qui reste d’un savoir-faire ancestral.

Des amis africains, pêcheurs sportifs, résument avec précision, humour et talent la situation de nos vallées. « Vous vivez et subissez comme nous l’avons subi et dans une moindre mesure continuons à subir, une colonisation pour vous intérieure, où se liguent des intérêts opportunistes à fort ancrage local pour une exploitation mercantile des ressources y compris et d’abord financières (ex : gravière Daniel et pont de Castagnède).

Pendant ce temps, sur la côte on danse, on surfe et on nage dans les étrons en feignant de les ignorer, les saumons sauvages sont pillés de manière industrielle et se vendent au prix du cabillaud à des bobos qui mangent bio. Les pibales de l’Adour, dans les bassins de grossissement des Flandres, d’Allemagne, du Maroc, de la Chine, etc. enrichissent les parrains qui dominent ce marché au détriment de nos propres intérêts. Les enfants du pays de plus en plus pauvres, désœuvrés, assistés ou abonnés au travail précaire, vivent chez leurs parents ou dorment dans des caravanes et sont dans l’impossibilité de se loger y compris à des prix la plupart du temps indécents.

Pensez-vous que cette situation soit appelée à durer ?

Edito 4 – Tristes Tropiques …

Tel l’ethnographe Lévi-Strauss chez les indiens d’Amazonie, nous avons investi le samedi 3 juin 2017, la tribu du saumon à Navarrenx.

Nous avons pris place dans la case aux palabres où il était possible aussi de faire du troc.

Un saumon empaillé, totem de temps révolus, trônait sur la future table aux agapes.

C’était sa fête… WAOUH !!!

Des confins d’Irlande, de Toulouse, du Comminges, de Tarbes, Pau, Peyrehorade et d’ailleurs, les affidés réunis pour la circonstance allaient sur la lice du pool Masseys pour l’honneur et pour la gloire, livrer duels. Au vainqueur de ces joutes halieutiques, d’Artagnan des gaves, était promis le trophée de l’année et la place d’honneur.

Las ! des indigènes, certains diront des autochtones, en rébellion ouverte contre le gouvernement des Gaves et son administration, fomentèrent un complot, bien décidés à perturber la fête en jetant un arbre en travers du chemin et en truffant le plan d’eau de pièges sournois.

Autour de la fontaine aux rafraîchissements, les conciliabules et les apartés allaient bon train. L’unanimité de façade pour dénoncer cet attentat laisser filtrer au fil de la journée, au-delà de l’indignation légitime et proclamée, une sourde inquiétude et un constat : la tribu était déchirée et son visage se présentait en mille morceaux au moment même où elle souhaitait faire bonne figure pour défendre son avenir et son pré carré.

Le saumon par son absence se mit de la partie.

Alors même qu’il avait été convoqué pour apparaître dans sa splendeur sur la photo de famille, pour consacrer un champion halieutique, dans le seul endroit de gave référencé où sa présence était régulièrement constatée et où il pouvait apparaître sans disparaître, alors rien mais rien de rien !!! ….. sinon quelques aloses complaisantes, invitant à la mélancolie ….. en période de disette ; la bonite à la place du thon.

Dans les regards perdus au fond des chopes de bière ou des tasses de café, on pouvait lire la désillusion, l’inquiétude et ce pessimisme ambiant plombait insidieusement l’atmosphère d’une kermesse au sens propre et figuré, passablement embourbée.

Aux questions sur l’avenir, aux interrogations des uns et des autres, aux propos parfois véhéments sur le positionnement de l’APPMA, de la FDP64, de MIGRADOUR et de ST2…. Un constat semblait émerger que l’on pourrait ainsi formuler : l’avenir de la pêche sportive des migrateurs et du roi saumon dépendrait de la décision de nos seuls représentants politiques.

Quid d’un engagement citoyen, d’une volonté commune de manifester, de s’engager, de s’opposer et de consacrer du temps personnel à la défense d’un territoire et à sa valorisation. Cocufiés depuis plus de trente ans, les pêcheurs pas si sportifs que ça en redemandent.

On attend fébrile avec la tête du « ravi » de Pagnol, que la fumée blanche sorte d’un conclave d’élus.

Au discours des uns et des autres, tous orateurs de talent, s’affirmant dévoués à la cause du saumon et nous demandant du temps, de la patience, de la diplomatie, de la philosophie, nous répondons ceci : avec un peu plus de cent saumons capturés au 15 juin 2017, pour mille pêcheurs sur 80 kilomètres linéaires de rivière, nous vivons un désastre économique, écologique, politique.

Vivons-nous dans une république bananière où la délinquance économique fonde le règne et la loi du plus fort ?

Le pillage du saumon par une poignée de contrevenants assurés de leur impunité, en est un des symptômes les plus marquants.

Restons optimistes !

Le dossier porté par l’APPMA et l’ensemble des élus de la vallée du Gave d’Oloron marque une rupture avec les errements du passé.

De tous bords les soutiens se manifestent.

Au regard des enjeux économiques, écologiques et politiques, une nouvelle désillusion serait impensable.

Edito 3 – fin . Saumons sauvages de l’Adour versus saumons d’élevage …

EDITO 3 – fin

SAUMONS SAUVAGES VERSUS SAUMONS D’ÉLEVAGE….

Et si nous parlions un peu ici,
à propos des saumons sauvages de l’Adour, de toxicité et de gastronomie.

 

De par mon métier de journaliste halieutique, j’ai la chance depuis plus de quarante ans de pouvoir lancer mes mouches, dans les meilleures et les dernières rivières à saumons atlantiques du monde.

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Edito 3 suite – le Saumon de l’Adour à Paris : bravo à la Maison Barthouil !

EDITO 3 suite – LE SAUMON DE L’ADOUR A PARIS

 

 

BRAVO A LA MAISON BARTHOUIL !

 

Avant hier, le 24 décembre, veille de Noël, ma fille me décide à l’accompagner à la Grande Epicerie du Bon Marché. Tu verras , me dit-elle, c’est un peu cher, mais ils ont des produits exceptionnels… Les rayons pâtisserie, huitres, caviar et saumons fumés battent leur plein…et justement sur ce dernier stand je tombe en arrêt devant trois magnifiques planches de saumons fumés, disposées côte à côte : Saumon sauvage d’Ecosse 194,50 €/kg, Saumon sauvage de Norvège 169,50 € et …saumon sauvage de l’Adour (de la maison Barthouil) à 359,00 €/kg, soit deux fois plus cher que le norvégien sauvage…

Alors là, je dis bravo à cette maison artisanale du sud-ouest installée depuis 1929 à Peyrehorade au bord des gaves réunis !

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Edito 3 – Noël 2016 : souvenirs, souvenirs …

Le 8 novembre 1985,

l’Association Protectrice des Migrateurs pour le Bassin de l’Adour (A.P.M.B.A.) est crée

par des Seigneurs des Gaves et des Nives, amoureux de leurs vallées, avec pour objectifs :
–  la protection des migrateurs
–  la défense des pêcheurs pratiquant la pêche sportive
–  la participation au développement touristique régional
–  le soutien des initiatives concourants aux mêmes buts
–  des actions visant la protection des migrateurs et de leurs milieux


Qu’en est-il plus de trente ans après :

à combien se monte le kg de saumon sauvage de l’Adour ?

au prix du caviar : le prix du pillage !

Bonne Fêtes et bon appétit !

 

 Salmo Tierra – Salva Tierra a repris le flambeau de ces glorieux prédécesseurs

et vous invite pour l’année nouvelle à faire vôtres, ces quatre vers :

« Je suis comme le saumon c’est dans mon sang

C’est dans mes gènes je nage à contre-courant

Mon âme fière ne plussoie aucun compromis

Je pisse mon dégoût au cul des cons promus »

le marginal magnifique

Edito 2 du 19 octobre 2016

L’été s’achève, le spectacle de l’Adour, des Gaves et des Nives est désolant, le Saison est réduit à un filet d’eau et la plupart des attributs de ces fleuves et rivières sont taris.

Au pire de la sécheresse, des saumons ont été piégés à SORDE, beaucoup sont morts et beaucoup très affaiblis vont l’être dans les semaines à venir. Les cours d’eau cet été ont été désertés, fréquentés par quelques rares pêcheurs et baigneurs, somnambules des Gaves, campeurs occasionnels et anecdotiques pour une industrie du tourisme sinistrée.

Dans les départements du 64 et du 40 et en prenant les chiffres de 2012, ce sont 100.000 hectares de maïs, représentant entre 40% et 50% des surfaces cultivables, qui ont été arrosés jour et nuit par plus de 16.000 points de pompage dans les eaux de surfaces ou dans les nappes phréatiques. Ceci représente un volume d’eau prélevé à minima, supérieur à 250.000.000 de m3 pendant les 2 mois d’été où l’étiage est le plus bas. (suite…)

Edito du 24/06/2016

Comme du temps de mes pères les Pyrénées écoutent aux portes
Et je me sens surveillé par leurs rugueuses cohortes.
Le gave coule, paupières basses, ne voulant pas de différence
Entre les hommes et les ombres,
Et il passe entre des pierres
Qui ne craignent pas les siècles
Mais s’appuient dessus pour rêver.
Jules SUPERVIELLE

De ce poème et de tant d’autres, hymnes à la beauté d’un monde pas tout a fait disparu, qui frappe à notre porte et nous rappelle à nos devoirs pour les temps présents et pour ceux à venir, est née SALMO TIERRA – SALVA TIERRA.

L’Adour, les Gaves et les Nives s’inscrivent dans un espace halieutique et touristique unique au monde par sa densité et le potentiel de ses eaux.

Dans cet environnement que l’on voudrait enchanté, « le Gave d’Oloron, axe majeur pour les poissons migrateurs, est tout simplement l’une des plus belles et plus riches rivières de la planète » ainsi est-il présenté dans le magasine Pêche Mouche de l’été 2009 et pour les autres parutions y compris à l’étranger, c’est encore la plus belle rivière de France.

Le saumon est l’emblème de sa magnificence. Sa raréfaction comme celle de l’alose et de la pibale, est la conséquence directe du braconnage et du pillage de la ressource halieutique, de la dégradation de l’écosystème par les pollutions d’origine agricole, industrielle et domestique. Sa disparition comme cela fut le cas pour l’esturgeon serait un désastre écologique et économique, une défaite de la morale républicaine et du vivre ensemble. (suite…)