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Actualités

Fallait-il canaliser des milliers de km de ruisseaux ? – Petits Coins de Nature

Publié le : 22 août 2026

 

Pendant des décennies, on a redressé les cours d’eau. Des milliers de kilomètres de ruisseaux sinueux ont été transformés en canaux rectilignes, pour drainer plus vite, gagner des terres et faire passer les machines.
L’intention était logique. Le résultat est exactement l’inverse de ce qu’on cherchait.
Un ruisseau qui serpente est lent. Ses méandres freinent l’eau, ses berges végétalisées la retiennent, ses zones humides latérales l’absorbent comme une éponge. En hiver, il stocke. En été, il restitue lentement. Il maintient un débit même pendant les sécheresses.
Un ruisseau redressé fait le contraire : l’eau y file à toute vitesse. En hiver, la crue arrive plus vite et plus fort en aval, sur les villages. En été, il n’y a plus rien à restituer, parce que rien n’a été stocké. Le lit s’enfonce, il draine la nappe au lieu d’être alimenté par elle, et les berges s’effondrent.
On a donc créé, avec le même geste, plus d’inondations en hiver et plus de sécheresse en été.
C’est pourquoi on remet aujourd’hui des méandres, on rouvre des zones humides, on replante les berges. Cela s’appelle le reméandrage, et c’est l’un des rares domaines où l’on répare vraiment.
Une rivière lente n’est pas une rivière paresseuse. C’est une rivière qui garde.
📚 Sources : OFB — Restauration des cours d’eau ; INRAE — Hydromorphologie et régulation des débits.

 

 

Mégabassines : qui pompes quoi, quand … et pour qui ? – François Adoue-Lagoutte

Publié le : 20 août 2026

Mégabassines : qui pompe quoi, quand … et pour qui ?
Une « mégabassine » n’est pas un gigantesque récupérateur d’eau de pluie. C’est une réserve artificielle étanchéifiée — une baignoire agricole XXL, mais sans plage ni maître-nageur.
Elle est remplie principalement entre novembre et mars, en pompant dans les nappes phréatiques ou les cours d’eau. L’eau est ensuite utilisée l’été pour irriguer les cultures.
L’idée défendue par les promoteurs est assez simple : mieux vaut prélever quand l’eau est relativement abondante que pomper en juillet, lorsque les nappes et les rivières sont au plus bas. Si les pompages estivaux sont réellement supprimés, le système peut effectivement améliorer le niveau des nappes et le débit des rivières pendant l’été.
Mais les opposants soulèvent plusieurs objections sérieuses.
L’eau hivernale n’est pas « perdue dans la mer » : elle recharge les nappes, alimente les rivières, les zones humides et le Marais poitevin. Pomper l’hiver laisse donc forcément moins d’eau que si l’on n’avait rien pompé. La vraie comparaison est cependant avec ce qui se passerait si les agriculteurs continuaient à pomper directement l’été.
Autre difficulté : l’étude du BRGM concernant les Deux-Sèvres repose sur le climat des années 2000-2011 et n’intègre pas réellement le changement climatique futur. Or les hivers suffisamment humides pour remplir les réserves pourraient devenir moins fréquents.
L’évaporation existe, mais elle est souvent exagérée : les observations disponibles indiquent généralement quelques pour cent du volume, environ 6 % pendant l’été caniculaire de 2022 à Mauzé-sur-le-Mignon — pas les 20 à 60 % parfois annoncés.
À qui profite l’eau ?
Directement, aux exploitations agricoles adhérentes et raccordées au réseau, pas à tous les agriculteurs du territoire. Les défenseurs répondent que les autres usagers peuvent en profiter indirectement si cela réduit réellement les pompages estivaux. Les opposants parlent néanmoins d’« accaparement » : une ressource commune est stockée dans un équipement accessible à un groupe limité.
Et qui paie ?
Dans le plan de financement signé en 2019 pour les 16 réserves Sèvre Niortaise–Mignon, la construction était estimée à environ 51,8 millions d’euros :
environ 55 % par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne ;
environ 10 % par le FEADER, fonds européen ;
environ 6 % de financement national ;
environ 30 % par la Coopérative de l’eau et ses adhérents.
Soit près de 70 % d’argent public. Depuis, le coût global a été réévalué autour de 76 millions d’euros, mais le décompte définitif des sommes effectivement versées n’est pas encore clairement consolidé.
La justice a d’ailleurs donné partiellement raison aux deux camps : elle a considéré que le projet révisé, avec des volumes réduits et des seuils de remplissage, pouvait respecter une gestion équilibrée de l’eau. Mais elle a suspendu quatre réserves, dont Sainte-Soline, en raison des risques pour l’outarde canepetière et de l’absence de dérogation « espèces protégées ».
Conclusion : une bassine n’est ni automatiquement une catastrophe écologique, ni une citerne magique remplie avec de l’eau qui ne servait à rien.
Elle n’est défendable que si elle remplace réellement des pompages estivaux, réduit la consommation totale, n’est remplie que lorsque les nappes sont suffisamment hautes et s’accompagne d’une agriculture plus économe en eau.
Sinon, ce n’est plus de la substitution : c’est simplement une paille supplémentaire plantée dans la même nappe.

Sources : BRGM, Cour administrative d’appel de Bordeaux, contrat territorial Sèvre Niortaise–Mignon de 2019, Académie d’agriculture de France.