« La Grande Bacchanale » de  Nicolas Poussin (1594-1665)

L’ESPRIT DU VIN

LE RETOUR AUX SOURCES OU LA METAPHORE DU SAUMON

————————

Nous luttons avec détermination pour préserver l’avenir de nos enfants

et ce à partir d’une question éminemment politique « Que veut dire vivre ensemble ? »

Hélas, cet idéal du vivre ensemble dans l’harmonie d’un territoire

n’est plus celui de notre époque.

————————

Nous étions quelques-uns à fêter la nouvelle année sans considérations déplacées de sobriété alors que nous fêtions Bacchus.

Loin du rideau de fumée de la Covid et de sa rengaine hygiéniste, nous abordâmes nos préoccupations du moment à l’aube d’une année présidentielle chargée d’incertitudes.

Les litanies habituelles faisaient le tour de table. Nos amis européens écoutaient stupéfaits, la ronde des vilenies auxquelles nous étions confrontés, conjuguant le pillage des poissons migrateurs, saumons, pibales, aloses, lamproies, aux pollutions pour l’essentiel agricoles, aux prélèvements abusifs d’eau en période d’étiage, au turbinage à tout va de nos hydro-électriciens largement subventionnés et nouvellement convertis aux « énergies vertes », le tout dans l’indifférence générale et le cynisme prédateur.

Ils confirmèrent notre constat, ayant au fil des ans assistés, tristes et atterrés, à notre déclassement en terme de qualité de vie, de gouvernance et de respect environnemental. Il fut question de tiers-mondialisation de notre pays.

Une discussion s’ensuivie et l’accord se fit pour dénoncer les bobards de nos bobos salonards et marquis ministériels, écologiquement corrects, lancés dans un concours Lépine de propositions plus absurdes et démagogiques les unes que les autres.

Il nous est apparu que le pompon de la connerie revenait de droit à l’écologie politique, parisienne et universitaire pour qui la ruralité est affaire de ploucs ignorants et empuantis.

Pour singer nos élites décaties nous cherchâmes au détour d’un rhum japonais aux arômes inouïs, un axe fédérateur, pragmatique, apte à nous enthousiasmer, nous, les roturiers du Pays de Cocagne.

Dans le charivari qui s’ensuivi, dans la cohue des propositions diverses, des anathèmes, des promesses de révolution, il nous est apparu que notre convention citoyenne de circonstance, avec ses brissotins et ses montagnards était incapable de s’accorder sur un constat et sur un projet politique.

Un de nos amis, poète de nos rivières et chasseur à l’occasion, inspiré par la dive bouteille, nous servi pour nous départager, la parabole du  pâté d’alouette.

La recette est bien connu des hommes politiques nous dit-il. Elle consiste à mettre en avant le caractère secondaire d’une institution, d’une loi ou d’une proposition afin de les présenter sous leurs meilleurs profils.

Il poursuivit : le but et vous l’avez compris et expérimenté à vos dépends, étant de maquiller, de minimiser ou encore de faire oublier la caractéristique dominante, néfaste ou liberticide de la loi, de l’institution. Cette mise en évidence faite toujours de manière fallacieuse, relève du plus pur machiavélisme.

Oups ! le moment de la digestion était venue mais pas celui de l’endormissement. Il nous fallu trancher, trier entre des propositions mille fois rabâchées, ressassées et des sous-jacents techniquement plus difficiles à aborder mais pas moins importants. Ainsi fut fait. Nous nous accordâmes sur trois thématiques et un rappel plus général :

1) Les Agences de l’Eau sont au nombre de six en France chargées de la lutte contre la pollution et de la protection des milieux aquatiques. C’est la façade tronquée, falsifiée et mensongère à la Potemkine de la protection de l’environnement.

Elles furent crées pour exercer une mission d’intérêt général autre qu’industrielle et commerciale, précisément définie, sous le contrôle de l’État ou d’une collectivité territoriale.

Le principe du pollueur payeur qui les a fondé en 1964 n’a jamais cessé d’être une fiction comme le fonctionnement prétendument démocratique de ces agences.

Dans les faits elles sont aux mains des élus qui sont en situation d’irresponsabilité. Les collectivités qu’ils dirigent ne paient pas elles-mêmes les redevances alors qu’elles reçoivent les aides des Agences de l’Eau.

Ces aides sont considérées comme un service rendu et on a fait glisser les redevances, avec les charges d’assainissement, dans les factures d’eau payées par les usagers. Au final, les usagers domestiques payent donc plus de 80% des redevances alors qu’ils ne sont pas aidés directement. En revanche, plus de 70% des aides vont aux services collectifs dirigés par les élus.

Ces élus pour la plupart ruraux sont très proches des gros lobbies (agricoles, hydro-électriciens, industriels), qui sont à la manœuvre et pour qui l’eau est une matière première comme une autre.

Ils considèrent normal que les usagers, ces cochons de payeurs, paient pour eux et ce bien au-delà de leurs consommations personnelles, en demandant de manière compulsive et pavlovienne, la réévaluation à la hausse des redevances et les taxes dont ces derniers s’acquittent.

Pour couronner le tout, cerise sur le magot, la présence des représentants des usagers dans l’institution devait et ils s’y employèrent avec brio, rester anecdotique, simple caution démocratique d’une fiction et d’une farce représentative.

Sans contre-pouvoirs et dans un entre-soi de notables et de ronds de cuir fessus, ces élus et représentants divers des administrations et lobbies s’autorisent à gérer en toute puissance, les prélèvement d’eau, le turbinage, les études et expertises de circonstances et la manne financière dont ils sont les destinataires.

Ces agences nous assurent que les choses s’améliorent, qu’il y a un sentiment de mieux. Le grand remplacement des saumons par les chevesnes, des truites par les barbeaux, des derniers esturgeons (il en reste ?) par les silures relèverait du phantasme et du complotisme.

Nous constatons un peu plus chaque année, l’émergence de nouvelles féodalités, s’appropriant le bien commun, faisant fi de l’égalité devant la loi, qu’il s’agisse de s’approprier l’eau et/ou les terres, polluant à tout va, défigurant nos paysages, engrangeant les bénéfices de leurs méfaits en laissant à la collectivité et aux générations futures le soin d’en gérer les conséquences.

Il en est ainsi de l’environnement. Cela deviendra une affaire d’état concernant les pollutions agricoles dont on tait les conséquences désastreuses sur la santé publique.

Au vu de cette situation et de l’inanité sur ces sujets primordiaux du fonctionnement des Agences de l’Eau, on peut et on doit envisager une action de groupe  contre le paiement indu des redevances dans nos factures d’eau. Il est légitime que comme citoyens nous estimions être grugés.

Nous demandons, nous exigeons une refondation des Agences de l’Eau au bénéfice des usagers qui en sont les principaux contributeurs, et ce pour mettre enfin en œuvre de vrais politiques de dépollution, de préservation, de restauration des milieux et de leur reconquête.

2) L’hydroélectricité qui bétonne nos Gaves et les transforme en bassines étagées en escaliers, façon rizières asiatiques.

En présentant son plan « France 2030 », le président de la République a annoncé la construction en France de SMR, petits réacteurs modulaires nucléaires fiables, sécurisés et faciles à fabriquer. Ayantune durée de vie de 60 ans, les SMR offriront des applications variées.

Ces petits réacteurs vont remplacer dans la décennie à venir, partout dans le monde, les centrales électriques thermiques et les micros-centrales hydrauliques vertes et écologiques que de nom, perturbatrices de la biodiversité et de la continuité écologique, bétonnant nos rivières, entravant ses flux d’écoulements, devenant en cela des pièges à pollutions et à sédiments.

Dans l’anticipation de cette évolution inéluctable à moyen terme, où il en sera fini de la rente financière pour leurs promoteurs et les mairies.

Nous demandons, nous exigeons l’arrêt immédiat de la construction de microcentrales hydrauliques sur nos gaves et rivières déjà équipés à saturation. Nous exigeons l’arrêt des subventions pour une production électrique qui reste anecdotique et le démantèlement de toutes les micros-centrales existantes d’ici 2035 aux frais de leurs promoteurs.

3) L’agriculture industrielle capitalistique et mondialisée qui pollue, empoisonne et dévaste nos territoires et nos fleuves et rivières

Près d’un hectare sur trois du maïs grain français est cultivé en Nouvelle-Aquitaine. Avec une superficie de 427.780 ha, la région se situe au premier rang national de cette production.

Un champ de maïs consomme au total 5750 m3 par hectare dont la moitié en période d’étiage des cours d’eau. En 1939, le maïs ne représentait dans le pays que 300.000 hectares de cultures. Aujourd’hui, il couvre plus de 3 millions d’hectares en France.

En 2017, 23.260 exploitants cultivent du maïs. En 2022, sur plus de 6.000.000 d’habitants qui vivent en Nouvelle Aquitaine, les maïsiculteurs ne représentent que 0,3% de la population.

Largement subventionnée par la Politique Agricole Commune, qui encourage l’ irrigation, on peut se poser la question de l’utilité de cette culture. A quoi sert tout ce maïs ?

70% des cultures servent à nourrir les animaux. La France est le 1er producteur européen et le 1er exportateur mondial de maïs semence, qui est la principale source de pollution des terres et des eaux sur le bassin de l’Adour.

Il en est ainsi de l’utilisation massive d’engrais minéraux (multipliée par dix depuis 1960), des pesticides (dont les ventes sont passées en une cinquantaine d’années d’un milliard de dollars par an à 35 milliards), des polluants liés à l’élevage que l’on retrouve dans les épandages (matières organiques mais aussi antibiotiques, vaccins et autres hormones de croissance dont les résidus finissent dans les milieux aquatiques).

Quant au baratin sur les pauvres paysans (fantômes du passé n’existant plus qu’à l’état endémique !) qui nous nourrissent et paysagent nos contrées, c’est à mourir de rire !

Nous demandons, nous exigeons l’interdiction de tous drainages directes dans les cours d’eau, de l’irrigation massive et incontrôlée en période d’étiage, de la création de bassines aux frais de la collectivité, de la pollution et de l’empoisonnement de nos eaux.

—————————-

Enfin et cela fera l’objet de commentaires et d’éditos ultérieurs :

  • L’arrêt de toute pêche professionnelle fluviale et estuarienne des poissons migrateurs avec l’interdiction de leur commercialisation.
  • Le développement de la pêche sportive comme axe principal du développement touristique du bassin de l’Adour.