Skip to content Skip to left sidebar Skip to footer

La Grande Alose : les chiffres ne doivent pas servir à préparer le retour des filets – Adrien Sauvestre

Publié le : 27 juillet 2026

La Grande alose 

les chiffres ne doivent pas servir à préparer le retour des filets
Depuis quelque temps, on voit fleurir sur les réseaux sociaux et dans certains articles un récit bien pratique : le retour spectaculaire des aloses sur le bassin Garonne-Dordogne serait lié aux opérations de régulation du silure.
Ce raccourci est scandaleux.
Il sert surtout à détourner le regard du vrai sujet : la pression de la pêche aux filets et les dérogations qui ont vidé le moratoire de son sens pendant des années.
Le retour récent des aloses s’explique bien plus sérieusement par deux éléments majeurs : d’abord la forte baisse, voire l’arrêt temporaire de la pêche pendant l’année Covid, puis les actions juridiques menées par l’association DMA, qui ont permis de faire tomber certaines dérogations autorisant encore la pêche au filet malgré le moratoire en 2025 et 2026.
Autrement dit, quand on laisse enfin les poissons passer, ils remontent.
Présenter aujourd’hui la régulation du silure comme l’explication principale du retour des aloses, c’est une manière commode d’éviter de parler des filets, des captures accessoires, des dérogations préfectorales et de la responsabilité de ceux qui ont laissé perdurer cette situation.
On nous parle aujourd’hui d’un retour spectaculaire de la grande alose sur le bassin Garonne-Dordogne. Mais derrière les annonces rassurantes, une question dérange : sur quelles bases multiplie-t-on les poissons réellement comptés aux passes de Tuilières et de Golfech pour annoncer des populations bien plus importantes ?
Au 3 juin 2026, 11 400 aloses ont été enregistrées à Tuilières. C’est un chiffre réel, vérifiable. Pourtant, certains évoquent déjà 70 000, 90 000, voire 200 000 aloses sur le bassin. Ces extrapolations doivent être justifiées clairement, surtout si elles servent demain à rouvrir la pêche aux filets.
Il faut rappeler que la grande alose s’est effondrée pendant des années malgré les passes à poissons, les ascenseurs et les discours officiels. Le problème n’est pas seulement de faire monter les poissons : il faut aussi protéger le stock de géniteurs, garantir la dévalaison des juvéniles, et surtout arrêter de vider le moratoire de son sens par des dérogations.
Le scandale, c’est qu’on pourrait utiliser quelques bonnes remontées récentes pour faire croire que les stocks sont reconstitués, alors que les années 2021, 2022, 2023 et 2024 ont été catastrophiques. Une population ne se reconstruit pas en deux saisons.
Les poissons migrateurs du bassin Garonne-Dordogne sont en réel danger. Ce qu’il faut aujourd’hui, ce n’est pas arranger les chiffres pour justifier le retour des filets. C’est un vrai moratoire, sans dérogations, des données transparentes, et une gestion enfin cohérente.

Sans cela, on ne restaurera pas les migrateurs. On maquillera simplement leur déclin.