Commentaire :

Suite aux publications du 9 et 20 octobre 2019, lettre commune Salmo Tierra – Salva Tierra et Sepanso Aquitaine envoyée à Alain Rousset, Président de la Région Nouvelle Aquitaine.

Monsieur Alain ROUSSET

Président de la Région Nouvelle Aquitaine

Hôtel de Région

14 rue François de Sourdis

33077 – BORDEAUX CEDEX

Objet : protection des poissons migrateurs (lettre ouverte)

Monsieur le Président,

La décision du tribunal administratif de Pau en juin 2019 a donné six mois aux préfets des Landes et des Pyrénées Atlantiques pour interdire la pêche dans l’enceinte du Port de Bayonne.

Cette décision est contestée par Mathieu Bergé, conseiller régional en charge des ports et Président du Conseil Portuaire de Bayonne, qui se fait le porte-parole des pêcheurs professionnels mais aussi de loisirs en proposant une modification du règlement de police du port qui permettrait de contourner la décision du Tribunal administratif.

Quand il attaque Jean-François Blanco en le comparant à Trump, au prétexte que ce dernier à l’outrecuidance de défendre les poissons migrateurs et l’économie des vallées en s’opposant au pillage institutionnalisé des ressources marines, on doit s’interroger sur les liens que Mathieu Bergé entretient avec certains pécheurs professionnels ou prétendument amateurs. Son engagement pour défendre leurs intérêts semble aller bien au-delà de la gestion des ports qui sont de sa compétence.

Les migrateurs qui rentrent dans l’Adour, traversent le port de Bayonne et poursuivent leur migration au-delà du pont Henri Grenet qui en est la limite administrative amont. Le fait de ne plus pouvoir pêcher dans le port n’interdit en rien de le faire au-dessus ! Pourquoi un tel acharnement et une telle vindicte pour légaliser ce qui n’aurait jamais du être ni toléré ni accepté.

La réponse est évidente ! Le port de Bayonne par ses caractéristiques est un couloir d’étranglement parfaitement calibré, qui facilite le pillage industriel des poissons migrateurs.

Pour les pêcheurs professionnels qui sévissaient dans l’enceinte du port hors de tous contrôles sérieux, c’était une manne financière assurée. Il en était de même pour certains intermédiaires et autres bénéficiaires.

Si l’on sait que dans l’enceinte du port, les formes de pollutions sont nombreuses et diverses et qu’elles sont loin de se limiter à un seul problème, nous touchons au problème de la qualité des eaux et donc à la qualité sanitaire des poissons qui y sont prélevés.

Ceci pose un problème majeur de santé publique, d’autant qu’aucun contrôle indépendant n’a jamais été effectué sur les poissons qui se commercialisaient pour la majeure partie dans des circuits parallèles ou qui étaient destinés à la consommation personnelle.

Ainsi, et à titre de comparaison, la consommation de poissons sur certaines rivières et fleuves en Europe a été ou est interdite à cause de pollutions chroniques ou endémiques, alors comment ne pas être scandalisé si la pêche professionnelle mais aussi récréative était de nouveau autorisée dans le port de Bayonne !

Dans ce site nous trouvons la majeure partie des douze polluants chimiques particulièrement dangereux, appelés par l’ONU polluants organiques persistants. 

La décision du Tribunal administratif doit être respectée. Elle s’inscrit dans le droit et régule les atteintes à la biodiversité. Elle protège les consommateurs et permet in fine une meilleure protection des poissons migrateurs sur l’Adour. Permettez-nous de rappeler que des subventions françaises et européennes conséquentes ont permis de soutenir les populations de poissons migrateurs.

Au moment où il nous est demandé de prendre en compte la préservation de notre environnement, mis à mal par le pillage et la surexploitation des ressources naturelles, la réouverture de la pêche dans l’enceinte du port de Bayonne serait légitiment perçue comme un déni de justice et une aberration économique (on subventionne des actions de protection des migrateurs et « en même temps »on autorise des actions de prédation de leurs population. L’intérêt de quelques-uns au détriment de celui du plus grand nombre et de la biodiversité.

En espérant que les élus du Conseil régional de la Région Nouvelle Aquitaine comprendront l’absurdité de la position défendue par Monsieur Mathieu Bergé, veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre considération distinguée.