Jacques Daniel répond de harcèlement moral

Jacques Daniel était poursuivi ainsi que deux bras droits de son entreprise de BTP, hier, à Pau. ©

Le spécialiste du béton était jugé après la tentative de suicide d’une cadre en 2013

L‘enquête a démarré par une angoisse. Le 25 juin 2013, le mari d’une directrice commerciale du groupe de BTP Daniel signale la disparition inquiétante de son épouse. Elle n’est pas rentrée de son lieu de travail la veille au soir. La police se rend dans les locaux de la société à Bayonne et découvre Catherine inanimée dans son bureau. Des lettres adressées à ses proches et à l’inspection du travail expliquent son geste désespéré et les boîtes de médicaments retrouvées à proximité par un « management dictatorial » qui l’« étouffe ». La pression du résultat mais pas uniquement.

La directrice commerciale a connu une carrière classique chez Daniel progressant échelon par échelon. En 2005, elle accède à ce poste de cadre qui chapeaute les agences de Bayonne et Tarnos. En 2012, Daniel crée une nouvelle structure à Pontonx-sur-l’Adour. Catherine coiffe volontiers cette troisième casquette. C’est le début de la fin.

« Ultime sensibilisation »

À Pontonx, elle n’a droit qu’à un camion toupie pour transporter le béton depuis la nouvelle centrale. Pour assurer les contrats, elle est contrainte de solliciter des sous-traitants, concurrents directs de la société. « Le site supplémentaire a été créé à 1 h 30 de Bayonne avec un seul camion, s’est défendue la directrice commerciale hier. Il nous a obligés à faire appel à d’autres prestations. Nous n’avions pas d’autres solutions. »

Le résultat plonge et la crise économique n’aide pas. L’expert-comptable évalue le manque à gagner à 43 000 euros. Le PDG, Jacques Daniel, met trois mois à réagir, il explose.

Après plusieurs rappels à l’ordre, il convoque sa directrice commerciale. Elle affirme qu’il évoque un licenciement. Lui conteste et rappelle qu’une simple lettre d’« ultime sensibilisation » a suivi la rencontre. Le rendez-vous a lieu le 3 juin 2013, la lettre est datée du 15, la tentative de suicide du 24.

Il n’y a pas d’autres explications à son mal-être que la dégradation de ses conditions de travail. « Elle s’est, certes, mise elle-même dans une situation stressante » mais « la pression à laquelle elle a été soumise a dépassé l’entendement ». Malmené par le président du tribunal et l’avocat de la plaignante, Me Blanco, le PDG de la société familiale a contesté tout harcèlement et demandé la relaxe. La procédure a accouché de deux autres plaintes pour harcèlement. Notamment celle du supérieur immédiat qui a défendu la directrice commerciale.

Détectives privés

Un audit sur les risques psychosociaux a révélé que le personnel commercial était effectivement exposé à une forte pression. La direction n’a pas contesté avoir enrôlé des détectives privés pour surveiller le travail des commerciaux. « C est mon rôle de chef d’entreprise de s’assurer que l’entreprise marche », a répondu le patron à l’ancienne.

« Intolérable ! » a répondu Aude Le Hérissier pour le ministère public. Elle a requis la condamnation de Jacques Daniel à 6 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour le harcèlement moral de Catherine. Elle estime, en revanche, que les preuves ne sont pas suffisantes pour les deux autres plaignants. Malgré le « flicage ».

Le jugement a été mis en délibéré au 10 mars.