Tel l’ethnographe Lévi-Strauss chez les indiens d’Amazonie, nous avons investi le samedi 3 juin 2017, la tribu du saumon à Navarrenx.

Nous avons pris place dans la case aux palabres où il était possible aussi de faire du troc.

Un saumon empaillé, totem de temps révolus, trônait sur la future table aux agapes.

C’était sa fête… WAOUH !!!

Des confins d’Irlande, de Toulouse, du Comminges, de Tarbes, Pau, Peyrehorade et d’ailleurs, les affidés réunis pour la circonstance allaient sur la lice du pool Masseys pour l’honneur et pour la gloire, livrer duels. Au vainqueur de ces joutes halieutiques, d’Artagnan des gaves, était promis le trophée de l’année et la place d’honneur.

Las ! des indigènes, certains diront des autochtones, en rébellion ouverte contre le gouvernement des Gaves et son administration, fomentèrent un complot, bien décidés à perturber la fête en jetant un arbre en travers du chemin et en truffant le plan d’eau de pièges sournois.

Autour de la fontaine aux rafraîchissements, les conciliabules et les apartés allaient bon train. L’unanimité de façade pour dénoncer cet attentat laisser filtrer au fil de la journée, au-delà de l’indignation légitime et proclamée, une sourde inquiétude et un constat : la tribu était déchirée et son visage se présentait en mille morceaux au moment même où elle souhaitait faire bonne figure pour défendre son avenir et son pré carré.

Le saumon par son absence se mit de la partie.

Alors même qu’il avait été convoqué pour apparaître dans sa splendeur sur la photo de famille, pour consacrer un champion halieutique, dans le seul endroit de gave référencé où sa présence était régulièrement constatée et où il pouvait apparaître sans disparaître, alors rien mais rien de rien !!! ….. sinon quelques aloses complaisantes, invitant à la mélancolie ….. en période de disette ; la bonite à la place du thon.

Dans les regards perdus au fond des chopes de bière ou des tasses de café, on pouvait lire la désillusion, l’inquiétude et ce pessimisme ambiant plombait insidieusement l’atmosphère d’une kermesse au sens propre et figuré, passablement embourbée.

Aux questions sur l’avenir, aux interrogations des uns et des autres, aux propos parfois véhéments sur le positionnement de l’APPMA, de la FDP64, de MIGRADOUR et de ST2…. Un constat semblait émerger que l’on pourrait ainsi formuler : l’avenir de la pêche sportive des migrateurs et du roi saumon dépendrait de la décision de nos seuls représentants politiques.

Quid d’un engagement citoyen, d’une volonté commune de manifester, de s’engager, de s’opposer et de consacrer du temps personnel à la défense d’un territoire et à sa valorisation. Cocufiés depuis plus de trente ans, les pêcheurs pas si sportifs que ça en redemandent.

On attend fébrile avec la tête du « ravi » de Pagnol, que la fumée blanche sorte d’un conclave d’élus.

Au discours des uns et des autres, tous orateurs de talent, s’affirmant dévoués à la cause du saumon et nous demandant du temps, de la patience, de la diplomatie, de la philosophie, nous répondons ceci : avec un peu plus de cent saumons capturés au 15 juin 2017, pour mille pêcheurs sur 80 kilomètres linéaires de rivière, nous vivons un désastre économique, écologique, politique.

Vivons-nous dans une république bananière où la délinquance économique fonde le règne et la loi du plus fort ?

Le pillage du saumon par une poignée de contrevenants assurés de leur impunité, en est un des symptômes les plus marquants.

Restons optimistes !

Le dossier porté par l’APPMA et l’ensemble des élus de la vallée du Gave d’Oloron marque une rupture avec les errements du passé.

De tous bords les soutiens se manifestent.

Au regard des enjeux économiques, écologiques et politiques, une nouvelle désillusion serait impensable.